Des métiers passés au crible de l’algorithme
Une étude récente menée par Microsoft en 2025 montre que des professions comme historien·ne·s, traducteur·rice·s ou écrivain·e·s sont désormais parmi les plus exposées aux outils génératifs [2][3]. Ces métiers voient plus de 40 % de leurs tâches potentiellement automatisables : rédaction, traduction technique, service client, etc. À première vue, le tableau peut sembler inquiétant. Mais en creusant, on découvre une dynamique beaucoup plus subtile.
Ce qui rend cette révolution unique, c’est l’émergence de l’IA « générative » — capable de créer textes, codes, récits avec une créativité superficielle mais troublante [2][3]. Une machine qui écrit, traduit et argumente… et nous, alors, on fait quoi ?
L’apprentissage subliminal : promesse ou danger ?
Au cœur du débat se trouve un concept fascinant : l’« apprentissage subliminal » des grands modèles de langage (LLM). En 2024, InfoWorld révélait que ces modèles ingèrent, sans supervision directe, des corrélations subtiles; biais, schémas, philosophies implicites, présentes dans leurs données [5]. Cette capacité soulève une question fondamentale : peut-on « programmer » la créativité ? Ou pourrait-elle, au contraire, naître spontanément, hors de notre contrôle ?
Les marges où l’humain se réinvente
L’histoire nous a appris que face à chaque mécanisation, l’humain explore de nouveaux horizons, là où la machine ne peut pas aller. L’IA excelle déjà dans la compilation, la standardisation, l’imitation ; mais elle reste encore incapable d’appréhender la nuance émotionnelle, les contextes culturels complexes, l’humour ou l’autodérision [2][4].
Les métiers qui résistent le mieux sont ceux qui demandent de l’empathie, une interaction physique, une vraie relation humaine : éducateurs, soignant·e·s, technicien·ne·s de terrain [4].
Pour l’auteur·rice du XXIe siècle, le chemin est limpide :
Poser les bonnes questions, au lieu de réciter des réponses toutes faites.
Donner du sens là où l’IA applique des modèles.
Cultiver l’ambiguïté fertile, l’angle inattendu, l’émotion unique.
L’écriture cesse d’être un simple exercice technique pour devenir une signature humaine, reconnaissable par sa capacité à surprendre, émouvoir, faire grandir.
Loin d’opposer l’humain à la machine, l’avenir s’écrit dans la collaboration. L’auteur·rice assisté·e par IA gagne en vitesse, en synthèse, en pertinence; à condition de rester maître du sens. L’IA brillera dans la répétition, l’agrégation, l’exécution ; l’humain dans l’imprévu, l’éthique, le sensible.
On assiste à la naissance d’un pacte inédit : la machine devient exosquelette cognitif, l’esprit humain, catalyseur de profondeur. La vraie révolution, ce n’est pas le remplacement, mais la création d’une œuvre commune, où silicium et chair s’enrichissent mutuellement. Ce n’est pas en niant le progrès technologique que naît l’espoir, mais en croyant en la plasticité humaine. L’IA prendra en charge ce qui peut être formalisé ; l’inédit, l’éthique, la vibration émotionnelle resteront longtemps le territoire de l’humain.
Aux créateur·rice·s de demain revient la mission d’explorer ces frontières, non pas pour les craindre, mais pour les repousser. Là se joue, sans doute, le véritable 20/20 : transformer la menace en invitation à réinventer notre art et notre rapport à la connaissance.
[1] Fortune, 1ᵉʳ août 2025
[2] Fortune, 31 juillet 2025
[3] Axios, 31 juillet 2025
[4] FinalRoundAI Blog, 2025
[5] InfoWorld, 2024